Les Huit Salopards - Quentin Tarantino

The Hateful Eight ou l'Amérique en filigrane

Tout, dans l'annonce du huitième film de QT, laissait présager d'une "tarantinade" en bonne et due forme. D'Ennio Morricone au format 70mm ressuscité pour l'occasion en passant par un casting très "Tarantino All-Star", nous avions anticipé ( à tort ) un western épique parcouru de fulgurances pop, de jaillissements farcesques et autres délires post-modernes dont seul le réalisateur natif du Tennessee à le secret. Merci QT, nous n'avons jamais autant aimé nous tromper.

Au fond The Hateful Eight tient moins du western que du film d'horreur. Le ( très ) long plan d'introduction sur un Christ enneigé, ponctuée du score sidérant d'Ennio Morricone donne immédiatement le ton d'un film à la temporalité contemplative et aux accents horrifiques évidents. Ce n'est donc pas un hasard de retrouver dans la bande originale des morceaux provenant de films comme The Thing ( John Carpenter ), L'exorciste : L'hérétique ( John Boorman ) ou même La dernière maison sur la gauche ( Wes Craven ). Ici, le vernis citationnel ne cherche qu'à installer toujours un peu plus l'atmosphère propice au whodunit à venir.

Le film se scinde globalement en deux gros huis-clos, ( ce qui participe bien évidemment à ce climat oppressant ) dans la diligence tout d'abord, puis dans la mercerie de Minnie. Une structure qui n'est pas sans rappeler celle de Reservoir Dogs, qui s'articule lui aussi autour de deux huis-clos, au restaurant, puis dans un garage désaffecté. Ce dispositif théâtral sied à merveille au talent de dialoguiste de QT, même si, avouons-le, ce dernier à déjà été bien plus percutant dans l'exercice.

Tout le film ne sera dès lors qu'une partie de cluedo grandeur nature dans la tradition classique du whodunit ( On pense à Agatha Christie ), Tarantino prenant le temps d'installer son intrigue en laissant les doutes planer progressivement sur chacun de ses salopards. Il faut par ailleurs saluer le travail du chef décorateur Yohei Taneda, ( déjà à l'oeuvre dans Kill Bill ), qui a fait de la Mercerie de Minnie un formidable no man's land fourmillant de détails cruciaux pour le déroulement de l'histoire.

Ce dispositif minimaliste permet à Tarantino de traiter frontalement de la grande histoire comme jamais auparavant ( Inglorious Basterds n'est au fond qu'une uchronie fantasmant la mort d'Hitler par...la pellicule tandis que Django, s'il s'inscrit dans un terreau historique bien réel, ne s'intéresse au fond qu'au parcours initiatique de son personnage central ). En situant son film quelques années après la fin de la guerre de Sécession, Tarantino dresse le portrait d'une Amérique irréconciliable, construite sur les cendres encore ardentes d'un racisme toujours d'actualité, à la notion d’héroïsme toute relative ( le final, d'une ironie tragique est en ce sens brillant ) et aux valeurs éclatées.

Le Tarantino nouveau est donc un grand film. Moins référentiel, plus logorrhéique que jamais, tantôt grand guignol, forcément, mais désormais politique, et tout simplement admirable. Chapeau bas Quentin !

Les Huit Salopards - Quentin Tarantino
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