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Voilà des années que nous assistons, pauvres spectateurs impuissants, au délitement qualitatif de la grosse machinerie Hollywoodienne. Si quelques exceptions surnagent au dessus du lot ( du pseudo-cérébral Inception, aux récents et snobés Lone Ranger et Pacific Rim, en passant par The Dark Knight ), mieux vaut être bien armés pour subir les mécaniques rutilantes et abrutissantes des Transformers, Resident Evil, Battleship ou autres World War Z. La mode actuelle est aux films de super héros, mais aussi aux prequels, reboots ou autres remakes, accouchant quasi unanimement de purges condescendantes. De bien petits films, au sens artistique du terme, auxquels on accorde pourtant des budgets indécents. Replacé dans ce contexte, la réussite de Gravity est un petit miracle inattendu, car, pour une fois, le petit chef d'oeuvre annoncé en est bien un.

 

Certaines mauvaises langues ont eu vite fait de dénigrer Gravity en raison de la simplicité de son scénario, en allant pour cela jusqu'à le comparer aux oeuvres magistrales et métaphysiques que sont le 2001 de Kubrick ou le Solaris de Tarkovski. Une comparaison aussi futile qu'insensé tant Gravity joue de la simplicité biblique de son scénario pour titiller des cordes sensorielles radicalement différentes. S'il est évident que les épreuves traversées par Sandra Bullock ( excellente ) font écho à un cheminement spirituel intérieur de l'ordre du deuil ( celle-ci avouera avoir perdu un enfant ), Cuarón allant même jusqu'à surjouer d'un symbolisme du catharsis et de la renaissance ( héroine en position foetale dans une capsule spatiale, totem religieux rencontrés dans les différentes stations allant d'une icone de Saint Cristophe chez les Russes au Bouddha chez les Chinois, Jusqu'au final voyant l'héroïne manquer de se noyer en guise de baptême, puis réapprendre à marcher ), rien, dans Gravity, n'intéresse plus le cinéaste qu'une recherche immodérée d'une forme primaire de ludisme.

 

Ludisme d'autant plus joussif car défiant les lois les plus élémentaires de la physique : Celles de la cinétique, des forces et de la gravité. une heure trente durant lesquelles nous perdons tout repère face à une forme de Cinéma rarement éprouvée jusqu'alors. La 3D ( pourtant post convertie pour des raisons évidentes de logistique technique ) est une réussite indéniable tant, en arrondissant encore plus les bord de l'écran et en approfondissant les perspectives, elle tend à amplifier l'expérience d'immersion au coeur du film. Une immersion d'une angoissante réalité, rendue possible par un travail extraordinaire sur le sound design, ainsi que par des mouvements d'appareil tout simplement bluffants, la caméra flottant littéralement durant tout le film jusqu'à l'épilogue.

 

Si Cuarón use avec ( toujours ) autant de brio de plans-séquences prodigieux, il est amusant de voir qu'il emprunte à une certaine tendance du jeux vidéo pour l'immersion en vue subjective ( les call of duty, uncharted et consors ), tout en transcendant le concept grâce une science du montage toujours au service des émotions du personnage central. Ainsi, si peu de coupes ou d'ellipses parcourent le long métrage, celles-ci sont toujours habilement placées afin de rendre l'expérience la plus fluide possible.

 

De la critique dite institutionnelle aux fanzine de genre, des spectateurs aux cinéastes, Gravity met ( quasiment ) tout le monde d'accord ( voir les mots d'admiration de cinéastes comme Cameron ou Aronofsky ).

 

Un petit pas pour l'industrie, mais un grand pas pour le Cinéma, espérons le.

 

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