La ressortie de The Artist en salles ( dont vous trouverez la critique ici même ) est une bonne occasion de revenir sur une certaine tendance cinématographique dont 2011 aura été l'étendard :

Jamais auparavant le cinéma n'avait autant célébré ses figures paternelles, illustré ses révolutions internes et revendiqué un héritage.

 

Retour sur des oeuvres qui regardent dans le rétroviseur :

 

On l'a beaucoup ( trop ) dit : Avec Super 8, J.J.Abrams déclarait son amour pour Spielberg et les productions Amblin des années 1980. Même si l'hommage non dissimulé à tout du fétichisme gratuit, il faut quand même reconnaître que le film de J.J Abrams dépasse le simple exercice de style visant à invoquer la nostalgie de spectateurs conquis d'avance, tant son film explore ce que Spielberg à souvent laissé hors champ : la mise en exergue de sentiments amoureux, qui accouche ici de séquences franchement réussies et jamais puériles en est un bon exemple.De plus, cet hommage avoué se targue d'une mise en abyme astucieuse :

En implantant son intrigue en 1979, puis en trouvant sa résolution dans les années 1950, J.J Abrams n'a pas oublié que le cinéma de Spielberg, célébré dans son film, est aussi la synthèse d'autres cinémas, notamment les films de science fiction des années 1950.

 

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Il est aussi intéressant de noter, que de part son titre, Super 8 participe ( inconsciemment ) au débat sur l'avenir de la pellicule, même si le réalisateur se sert plus de ce format comme référant temporel afin de caractériser une époque et donc de susciter une imparable nostalgie.

 

Avec Hugo Cabret, Scorsese déclarait sa flamme au 7ième art et à une de ses légendaires figures : Georges Méliès, inventeur du langage cinématographique et "père" des effets spéciaux. Il était légitime de se demander pourquoi un cinéaste comme Scorsese, incarnation même d'une cinéphilie conservatrice adoptait l'outil 3D....

 

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Et pourtant, jamais la 3D n'avait aussi bien servi le propos d'un film : en utilisant ( à merveille ) cette technologie de pointe, Scorsese entend rentre hommage à l’homme qui inventa le cinéma de demain avec des moyens sommaires mais une imagination hors norme.  La performance technologique fait donc écho au rudimentaire du génie humain, proposant une expérience sensorielle

 

 

The Artist, de Michel Hazanavicius, a l'audace de rendre hommage au cinéma Hollywoodien de la fin des années 1920 et de filmer une véritable révolution : L'avènement du parlant. Même si certaines influences sont palpables, le film existe au delà du pastiche et ne cherche pas à être le Sunset boulevard d'aujourd'hui. On regrette tout de même qu'il ait une posture un peu complaisante envers une forme de cinéma qui n'existe plus, allant jusqu'à la considérer comme un simple loisir lucratif.

 

THE ARTIST

 

On peut donc rapprocher ces trois films tant ils saisissent l’air du temps et dressent un parallèle entre les révolutions actuelles (standardisation de la 3D et révolution du numérique), et les bouleversements passés (l’avènement du parlant chez Hazanavicius, l’invention du cinéma balbutiant chez Scorsese, la célébration d'un pan du cinéma des 80's chez Abrams ).

 

Tous ces films, d’une manière différente, font part d’une déclaration d’amour pour une forme cinématographique à l’ancienne, mais s’inscrivent moins dans une simple logique référentielle que dans la revendication d’un héritage.

 

Trois films majeurs de l'année 2011 qui illustrent vraiment cette tendance à la célébration du cinéma d'antan, d'autres oeuvres, plus mineures, ont aussi participé à cet élan :

 

Si Real Steel et Attack The Block, de manière différente, puisent dans les années 1980 leur matériau de base, ( invasion extraterrestre de proximité, émotion spielbergienne, enfants / adolescents héros ), les (décevants) remakes de Conan ( 1982 ),  The Thing ( 1982 ) et Fright Night ( 1985 ) confirment l'influence de cette décennie sur l'année cinématographique 2011.

 

Si les exemples sont trop nombreux pour êtres cités ( certains révèlent surtout de l'anecdote ), cloturons l'article en rappelant que Woody Allen est même allé jusqu'à transporter son comptemporain de héro à travers différentes époques du passé, sur le mode "c'était mieux avant" dans son Minuit à Paris...

 

Une célébration passéiste multi-générationnelle qui promet d'intéressantes perspectives pour 2012.

 

 

 

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