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Lauréat du prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2011 pour Drive, le tandem composé du réalisateur Danois Nicolas Winding Refn et de son désormais acteur fétiche Ryan Gosling était de retour sur la croisette cette année pour présenter Only God Forgives. En plus de repartir bredouille, le film a fortement divisé les critiques. Un manque d'engouement compréhensible mais tout de même regrettable pour ce qui reste une expérience unique de cinéma.

 

Dire que le cinéaste Danois était attendu au tournant est un doux euphémisme, tant son précédent opus, en plus de le révéler au grand public ainsi que d'ériger Ryan Gosling en véritable icône, s'est imposé comme un objet instantanément culte. Et autant l'affirmer tout de suite, Only God Forgives à de grandes chances de décevoir les nombreux admirateurs de Drive. Seulement, à y regarder de plus près, ce dernier apparaît comme une délicieuse anomalie, une aparté obligée en terres Hollywoodiennes dans sa non moins succulente filmographie où le style de Winding Refn s'est simplement fait plus discret, comme muselé par les enjeux critiques, médiatiques et économiques d'un projet aussi décisif pour l'avenir du réalisateur.

 

Only God Forgives est donc bien plus proche de Valhalla Rising, lui aussi boudé par le public Français ( 42815 entrées ), avec lequel il partage un héros mutique, des nappes sonores vrombissantes et dissonantes, une atmosphère à la fois onirique et impressionniste, un goût prononcé pour une forme extrême de violence, une temporalité déconcertante ou encore des partis pris formels singuliers, dont un travail prononcé sur la gamme chromatique. Un univers piochant autant chez Gaspar Noé que chez David Lynch.

Et même si Ryan Gosling y tient encore le rôle d'un personnage taciturne, voire quasi-mutique ( une douzaine de répliques seulement dans le rôle de Julian ), son inexpressivité renvoie ici à une forme d'impuissance ( car oui, Only God Forgives est un fabuleux film sur l'impuissance masculine ) quand celle de Drive magnifiait ses velléités chevaleresques.

Impuissance donc, celle du passage à l'acte : sexuel, bien entendu ( ses nombreuses visites chez une femme de joie sans pour autant qu'il ne la touche jamais ), mais aussi physique, comme le montre cette sublime scène où Julian est laminé dans un mano mano contre un adversaire plus vieux, plus frêle et forcément moins charismatique que lui bien que tout en maîtrise. Une impuissance que le personnage incarné par Kristin Scott Thomas, ici méconnaissable en mère castratrice viendra sans cesse souligner. Pas étonnant dès lors que les errances de Julian ressemble à celle d'un fantôme ( le film n'a pas été tourné en Thailande pour rien ), tant la vie a fini par le dénuer de toute substance. Belle manière pour Ryan Gosling de déjouer les attentes en faisant exploser son carcan d'icône virile et sexy.

 

Un film déroutant, surprenant, vertigineux, fruit de la vision singulière d'un auteur décidément pas comme les autres, qui confirme film après film son immense talent de metteur en scène. Certains pourront lui imputer sa tendance à l'esthétisation, mais il faut bien confesser que chaque plan est un régal pour les yeux, le cinéaste ayant un sens du cadre absolument remarquable. ( bien aidé par le directeur photo Larry Smith, fidèle collaborateur ayant aussi oeuvré sur Eyes Wide Shut et en tant que Chef électricien sur Barry Lindon...). D'aucuns lui reprocheront une certaine forme de complaisance, notamment dans son illustration de la violence, pourtant essentielle à la mue d'un personnage central qui aspire désespérément à changer de vie, d'autres seront profondément désorientés par sa narration discontinue ou son symbolisme lourd de sens. Quoi qu'il en soit, il est bien normal qu'une oeuvre à la fois si singulière et sensorielle divise. Et c'est tant mieux. Ce n'est pas tous les jours qu'un film bouscule notre petit confort de spectateur en pervertissant les codes de réception, ce qui en dit long sur l'asepsie régnant dans la production cinématographique actuelle.

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