Savages - Oliver Stone

A Quand remonte le dernier grand ( ou, plus modestement, bon ) film d'Oliver Stone ?
Est-ce "W : l'improbable président" ( 2008 ), coincé entre une suite calamiteuse ( Wall Street : l'argent ne dort jamais - 2008 ) et un navet complaisant et racoleur ( "World trade center" - 2006 ) ?
Difficile de répondre...en cherchant un peu plus en arrière ( non, pas "Alexandre" - 2004, autre film oubliable de l'auteur ), on se dit que "L'enfer du dimanche" et "U-Turn" restent les deux dernières valeurs sûres d'une filmographie pourtant riche en films estampillés "cultes" ( Platoon, JFK, Nixon, Né un 4 juillet, Tueurs nés, The Doors...)
Mais, toute réflexion faite, l'oeuvre d'Oliver Stone, et ce malgré son engagement politique profond, est assez hétérogène pour que chacun y trouve un motif épars de délectation : une scène, une direction d'acteurs, ou même un film peuvent suffire à pardonner les faux pas d'une filmographie pour le moins inégale et surprenante à bien des niveaux, créant une dichotomie critique assez singulière. ( Stone divise énormément au sein de la presse mais aussi des spectateurs, avec des arguments recevables de part et d'autres )
Ainsi, "World Trade Center" , fortement vilipendé à sa sortie par bons nombres de critiques le fustigeant sur l'autel du mauvais goût (sentimentalisme dégoulinant, inconsistance abyssale, indignité, complaisance...) possède pourtant de sérieux arguments largement défendables pour d'autres ( Absence de spectacularisme, puissance et pudeur etc etc ). On note même, dernièrement, une tendance à la réhabilitation de l'oeuvre ( pour d'autres, le film restera une éternelle immondice )
En bref, on valide ou on rejette en bloc.
D'où le grand paradoxe de ce "Savages", love story sous fond de narcotrafic, qui cumule toutes les pires afféteries de mise en scène qui ont jadis fait le succès de Stone ( période "Tueurs nés" ) mais aussi de bien d'autres réalisateurs dont la roublardise est devenue une marque de fabrique :
Esthétique publicitaire, utilisation démagogique et racoleuse de la musique, surimpressions, montage pseudo-nerveux, filtres...
Côté scénario, rien de bien transcendant : une histoire balisée et sans réelles surprises qui propose une vision manichéenne et douteuse du trafic de drogue ( il y a les bons trafiquants, qui
sauvent des vies et ont la cool attitude, et les mauvais, incarnant le cartel, avides de pognons et tueurs sanguinaires )
Mais, malgré tout ses clinquants défauts, le film nous installe sur les rails d'un honnête divertissement que nous quitterons avec l' impression ( mitigée mais bien réelle ), d'avoir passé un agréable moment.
Et si, question cinéma, mieux vaut fréquenter Friedkin et son "Killer Joe", Savages offrira à qui veut un plaisir coupable largement profitable. Pour les autres, gare à l'indigestion.
Vous l'aurez compris, comme toujours chez Stone, tout est blanc ou noir, à vous de choisir.