The Artist
Si le succès critique de The Artist ne fait plus aucun doute à l'heure actuelle, il est bon de rappeler qu'il faillit être sélectionné hors compétition au festival de Cannes, pour finalement être récompensé du prix d'interprétation masculine décerné à Jean Dujardin. La suite, on la connaît : 4 prix aux critics choice award, 3 trophées aux golden globes ( dont celui de la meilleure comédie et du meilleur acteur ), dix nominations aux oscars, et une ressortie dans les salles obscures françaises.
Cette méfiance originelle à l'égard de l'oeuvre va de paire avec sa célébration grandiloquente outre atlantique, tout comme l'originalité et les partis pris formels vont de paire avec un côté aguicheur qui caresse doucement mais sûrement toute une tradition Hollywoodienne dans le sens du poil. Il n'en fallait pas plus pour que nos amis Américains hurlent au génie et fassent pleuvoir nominations et récompenses..
Cependant, il serait réducteur de voir en The Artist un simple pastiche doublé d'une arme de séduction massive, tant le film se distingue par sa virtuosité technique et ses quelques très bonnes idées de mise en scène.
Outre ses indéniables qualités, le film intéresse dans sa façon d'aborder l'une des plus grande révolutions cinématographiques, l'avènement du parlant, qui, en plus de sonner le glas d'une certaine forme d'expression artistique, a condamné bon nombres de stars du muet. C'est le cas de George Valentin, joué par Jean Dujardin, dont la carrière et la réputation se voient menacées par l'apparition du cinéma parlant dont Peppy Miller ( pétillante Berenice Bejo ) sera la nouvelle reine.
A l'heure où la pellicule vit ses derniers instant, et où l'utilisation de la 3D se banalise, The Artist trouve une résonance contemporaine bienvenue, mais hypocritement fataliste.
En effet, il est amusant de voir que George Valentin, incarnant en quelque sorte un cinéma traditionnel, à force de résister vainement, finisse par embrasser cette révolution en acceptant de rentrer dans l'ère du parlant. L'aspect financier n'est pas étranger à son choix, tout comme son besoin vital de reconnaissance, qui n'est plus rassasié par un public toujours avide de renouveau. La où on aurait espéré une critique sur la versatilité d'un système cupide et sans pitié pour ses acteurs ( pensons à Sunset Boulevard, modèle du genre ), Hazanavicius capitule, comme le fait George Valentin, préférant rester sur le ton de la comédie douce et nostalgique.
Cette nostalgie du cinéma d'antan auquel Hazanavicious entend rendre hommage pose aussi quelques problèmes, tant il adopte une posture complaisante envers le cinéma muet, considéré au mieux comme un loisir lucratif, mais jamais comme un medium possible ou un art.
Voila les limites d'un film comme The Artist, un hommage au cinéma d'antan, réalisé avec les moyens d'aujourd'hui et dans un contexte forcémment différent, qui ne peut atteindre la beauté immuable et l'incandescence de certains chefs d'oeuvre du muet mais qui reste un honnête film à la réalisation impeccable.
Espérons que les oscars couronnent The Artist légitimement...Dujardin devrait se contenter de sa palme d'interprétation masculine à Cannes, récompense déjà amplement suffisante pour une performance solide mais jamais bouleversante. Quant à Bérénice Bejo, elle est une sérieuse concurente pour la course à la statuette dans la catégorie meilleur second rôle.