Lincoln - Steven Spielberg
Steven Spielberg, a 66 ans, continue de tourner avec la frénésie d'un jeune et fougueux réalisateur, slalomant entre divertissement technologique ( Tintin : Le secret de la licorne ), classicisme épique ( Cheval de Guerre ) et biopic politico-historique ( Lincoln ), en seulement trois ans....de quoi filer le tournis !
Malgré tout, l'annonce d'un film sur l'un des présidents Américains les plus appréciés de l'histoire, que Spielberg réaliserait et auquel Daniel Day Lewis prêterait ses traits, faisait craindre une entreprise édifiante pouvant verser dans la boursouflure patriotique et la célébration nationale.
Et pourtant...
Lincoln est une réussite en bien des points. Incroyablement bien écrit, des simples anecdotes contées par le président aux délicieuses joutes verbales, magistralement interprété par un Daniel Day Lewis tout en introspection et par une pléthore de seconds rôles ( dont un Tommy Lee Jones en grande forme ), la plus belle idée du film reste cependant l'éviction de tous les poncifs et passages obligés du biopic politique.
En effet, l'articulation du récit autour d'une étape majeure, à savoir le vote du treizième amendement permet de définir le personnage d'Abraham Lincoln à travers un contexte politique et historique sans que Spielberg et son scénariste Tony Kushner, n'aient recours aux habituels flashbacks et autre récit de formation ou d'ascension. Ainsi, Lincoln nous apparaît, dès le début du film, en homme vieillissant, fatigué par la guerre ( qui a débuté en 1861 ) mais d'une incroyable sagesse. Seul un rêve visuellement abstrait mais lourd de sens, interprété par sa femme, témoignera un peu plus loin du combat intérieur qui sourd de l'homme.
De la guerre, sur laquelle le film s'ouvre, il ne sera pratiquement rien montré. Pas une goutte de sang ne jaillira des images, seulement de la boue dans laquelle semblent se noyer les soldats et qui imprégnera d'ailleurs la pellicule de sa triste grisaille durant tout le film à l'image de la Maison Blanche, sombre capharnaüm bruyant dans laquelle la lumière semble ne jamais passer ( du moins jusqu'à cette belle scène où Lincoln, entendant les cloches sonner le vote du treizième amendement, est rejoint au balcon par son fils )
Mais Lincoln, c'est aussi cette fabuleuse rhétorique au service d'une véritable force politique en marche que rien ne peut ou ne doit arrêter, quitte à faire pression voire corrompre, par la promesse de promotion de poste par exemple, les opposants au vote. Spielberg évite ainsi l'hagiographie en rappelant à quel point les décisions les plus capitales de l'histoire de l'humanité peuvent être le fruit de méthodes douteuses.
Malgré quelques ( légères ) longueurs et certaines facilités historiques ( Voir lien ) , le film est une habile et surprenante réussite, très actuel dans sa façon de concevoir la politique.