Django Unchained
Plus de trois ans après Inglorious Basterds et sa jouissive relecture uchronique de l’holocauste, Tarantino s’attaque à une période tout aussi douloureuse de l’histoire bien que très rarement abordée par le médium cinématographique : le passé esclavagiste des États-Unis à l’aube de la guerre de Sécession.
Si l’actualité parait inverser la tendance ( Le Lincoln de Spielberg sort fin janvier ), très peu de films, excepté le très grand public Amistad du même Spielberg, auront apparemment trouvé un angle d’approche justifiant une transposition du contexte esclavagiste au cinéma. Et n’en déplaise à Spike Lee et sa grossière polémique, la gravité d’un sujet ne doit en aucun cas modeler les intentions formelles du réalisateur. L’esclavage peut être abordé par le prisme du western spaghetti sans pour autant que le résultat soit une insulte aux victimes de cette triste période. Tout est, finalement, question de dosage.
Ainsi, certains ont reproché à Tarantino d’utiliser le contexte esclavagiste comme argument promotionnel ( Si si ), tant celui-ci était, à leurs goûts, trop évincé pour finalement être relayé en toile de fond, Tarantino lui préférant l’exploration du voyage initiatique de son protagoniste central. S’il est vrai que Django Unchained n’est pas un récit historique, l’esclavage y est pourtant omniprésent, jaillissant d’ailleurs dans toute sa violence à la gorge du spectateur au détour de certaines scènes d’une rare intensité, traitées sans fétichisation par un réalisateur conscient du matériau filmé. Privilégier l’action, donc le mouvement,( le western spaghetti, propice au récit d’aventure ) tout en faisant du contexte historique(l’esclavage ) la matrice d’un déterminisme existentiel fait de Django une réussite.
Tarantino y déploie par ailleurs une grande maitrise pour un genre qu’il chérit par-dessus tout ( Leone est son maitre ) et qui a contaminé une grande partie de son œuvre ( la magnifique scène d’introduction d’Inglorious Basterds, le duel final de Kill Bill, Kill Bill 2, hommage vibrant au western ainsi qu’à ses figures tutélaires ou bien Reservoir Dogs, véritable western urbain ). Un genre sacré qui trouve ses origines dans l’histoire profonde des Etats-Unis, et dont les archétypes fondateurs peuvent rapidement être un carcan pour chaque nouvelle œuvre daignant s’y frotter. Tarantino , tout en les embrassant , parvient à insuffler sa patte et son énergie dans ce genre imposant et ultra-codifié, bien aidé par une brochette d’acteurs au diapason.
Manière de chipoter, on regrettera un dénouement qui laisse un sentiment de frustration tant les dernières minutes semblent appartenir à un bout de récit qu’on aurait brusquement amputé du montage final…le film aurait pu (du ? ) s’arrêter un peu plus tôt, ou finir bien plus tard. Cet infime défaut laisse un sentiment d’inachevé et diminue l’impact cathartique de l’intense séquence finale à Candie Land.
En inscrivant les motivations de ses personnages dans un contexte historique lui-même imprégné d’une dimension mythologique évidente ( L’anneau de Nibelung de Richard Wagner, dont Django serait le Siegfried ), Tarantino habille son œuvre d’une dimension existentielle qui semblait manquer à son œuvre jusqu’alors ( bien que cela reste largement discutable...)
Django est, de ce fait, une réussite. Tout simplement.